—Sois donc généreux, méchant masque—répondit M. de Brévannes—immole maintenant d'autres victimes.... Tu me sembles très bien instruit; mets-moi un peu au fait des histoires du jour.... Quelles sont les femmes à la mode? Leurs adorateurs de l'autre hiver durent-ils encore cette saison? Ont-ils impunément traversé l'épreuve de l'absence, de l'été, des voyages?
—Allons, j'ai pitié de toi... ou plutôt je te réserve pour une meilleure occasion—reprit le domino.—Tu parles de nouvelles beautés? Justement nous nous entretenions tout à l'heure... de la femme la plus à la mode de cet hiver... une belle étrangère... la princesse de Hansfeld....
—Rien qu'à ce nom—dit M. de Brévannes—on voit qu'il s'agit d'une Allemande... blonde et vaporeuse comme une mélodie de Schubert, j'en suis sûr.
—Tu te trompes—dit le domino—elle est brune et sauvage comme la jalouse passion d'Othello... pour suivre ta comparaison musicale et ampoulée.
—Est-ce qu'il y a aussi un prince de Hansfeld?—demanda M. de Brévannes.
—Certainement....
—Et ce cher prince, à quelle école appartient-il? A l'école allemande, italienne?... ou à l'école... des maris?
—Tu en demandes plus qu'on n'en sait.
—Comment! cette belle princesse serait mariée à un prince in partibus?
—Pas du tout—reprit M. de Fierval—le prince est ici, mais personne ne l'a encore vu; il ne va jamais dans le monde. On en parle comme d'un être bizarre, excentrique... on fait sur lui les récits les plus extravagants.