—Oh! tant mieux!

—Mon enfant... l'épreuve a assez duré.

—Quelle épreuve?

—Je souffrais tant! vieux, infirme, réduit à passer mes jours seul... moi, qui depuis ta naissance n'avais pas manqué de t'embrasser le matin et le soir... j'avais reporté sur toi la tendresse que j'avais pour ta mère.... Quelle amertume d'être condamné à ne te voir que quelques heures par semaine et à ne pas te voir pendant des mois entiers.

—Bon père... je souffrais bien aussi....

—Ce n'est pas tout encore: le temps que tu as passé ici pendant que ton mari était en Italie m'avait rendu notre nouvelle séparation plus pénible encore; c'était te perdre une seconde fois.

—Mais, mon père....

—Je sais ce que tu vas me dire... aux premiers jours de ton mariage, Brévannes m'avait offert un petit appartement dans sa maison.... Bien souvent depuis tu étais revenue sur cette proposition... je t'avais constamment refusée....

—Hélas! oui.

—C'est que, vois-tu, je doutais de Brévannes; je doutais de la durée de cet amour, d'abord si violent.... Je n'aurais pu être tranquille spectateur de tes chagrins; ma défiance même aurait troublé ton ménage. Je me suis donc imposé un rigoureux devoir... je me suis dit: J'attendrai.... Berthe ne m'a jamais menti.... Si, après quatre années de mariage, elle est aussi heureuse qu'elle le dit, je verrai là une garantie certaine pour l'avenir et une preuve de la bonté du cœur de Brévannes. Ce moment est arrivé. Ton mari est digne de toi; aujourd'hui je lui dirai: J'ai douté de vous, j'ai eu tort... je vous en demande pardon.... Maintenant j'ai foi et confiance en vous... j'accepte l'offre que vous m'avez faite... je ne vous quitterai plus, ni vous ni Berthe.