Berthe de Brévannes occupait une des places de cette loge; son mari était derrière elle; les deux autres places étaient vacantes.

Berthe, coiffée en cheveux, portait une robe de crêpe noir; sa belle chevelure blonde, son teint pur et transparent, son cou et ses épaules d'ivoire brillaient d'un doux éclat; ses traits étaient empreints de mélancolie, car, trois jours auparavant, son mari avait eu avec Pierre Raimond le pénible entretien que nous avons raconté; elle aurait désiré rester chez elle; mais, craignant d'irriter M. de Brévannes, elle avait consenti à l'accompagner.

Ce dernier, par un de ces contrastes fort naturels à l'homme, était profondément blessé de la froideur de sa femme, et il s'obstinait à en triompher, moins par repentir du passé, que pour obéir à l'opiniâtreté naturelle de son caractère. Mais en vain il tâchait de lui faire oublier les torts dont il devait rougir; elle avait été trop cruellement ulcérée pour se guérir si vite.

M. de Brévannes avait loué une loge pour cette curieuse représentation, dans le but d'être agréable à sa femme.

La toile n'était pas encore levée, peu à peu la salle se garnissait. Berthe allait fort rarement dans le monde; malgré sa tristesse, elle regardait avec une curiosité d'enfant les personnes qui arrivaient dans les loges, puis retombait dans de pénibles préoccupations.

M. de Brévannes, impatienté du silence de sa femme, lui dit en contraignant sa mauvaise humeur:

—Berthe, qu'as-tu donc?

—Je n'ai rien, Charles....

—Vous n'avez rien, vous n'avez rien, et vous êtes triste à périr. En admettant que j'aie eu des torts... vous me les faites cruellement sentir....

—Je voudrais pouvoir les oublier... peut-être un jour....