C'est ce que je crains, surtout à propos de quelques-unes de mes paroles d'hier que vous avez peut-être mal interprétées.

—Comment?

—Sans doute; malheureusement notre entretien est monté tout à coup sur un ton si haut que tout s'est élevé en proportion; quand je vous parlais de la différence de la jalousie, de l'amour et de l'amour-propre, je voulais dire que l'on n'est pas jaloux de la même façon lorsque votre femme est votre amie au lieu d'être votre maîtresse; dans le premier cas, le cœur souffre; dans le second, c'est l'orgueil; et malheureusement l'orgueil n'a pas, comme l'amour, de ces retours de tendresse qui calment et adoucissent les blessures les plus douloureuses... me comprenez-vous?

—Mais....

—Pas encore, je le vois. Je voudrais vous parler plus franchement... mais je crains de mal m'expliquer et de vous choquer peut-être.

—Parlez... ne craignez rien.

—Eh bien, écoutez-moi, ma chère enfant. Depuis longtemps vous n'êtes plus pour moi qu'une amie; mais vous avez à peine vingt-deux ans. Ces séductions dont vous parlez, vous avez raison de les craindre; personne plus que vous ne peut y être exposée... car ma conduite envers vous, je ne le nie pas, pourrait sinon autoriser, du moins excuser vos fautes.

—Ah! monsieur... pouvez-vous penser?...

—Laissez-moi achever.... Si j'ai toujours le droit d'être, comme je le suis, horriblement jaloux par orgueil, c'est-à-dire jaloux des dehors, des apparences de votre conduite, j'ai malheureusement perdu le droit d'être jaloux de votre cœur; j'ai seul causé votre refroidissement par mes infidélités, par mes duretés. Il serait donc souverainement injuste et absurde de ma part, je ne dirai pas d'exiger, mais d'espérer qu'à votre âge votre cœur soit à tout jamais mort pour l'amour.

Berthe regarda son mari avec stupeur.