—Eh bien donc, puisque vous m'y forcez, apprenez tout.... Le prince aime Berthe et il en est aimé... Vous savez la jalousie féroce de M. de Brévannes.... Il hait déjà le prince parce qu'il est votre mari.... Maintenant qu'il le sait aimé de sa femme, il le hait à la mort.... Supposez Berthe assez imprudente pour accorder un rendez-vous à M. de Hansfeld, rendez-vous innocent ou coupable, volontaire ou forcé, peu importe; M. de Brévannes en est instruit, il les surprend tous deux par la ruse: les apparences sont contre eux.... Que fait-il? dites, que fait-il?
—Mon Dieu!... mon Dieu!...
—Que fait-il! Il se croit aimé de vous, il croit qu'en vous rendant libres, vous et lui, par le double meurtre qu'il peut commettre impunément, il obtiendra votre main....
—Mais c'est une machination infernale....
—Mais seriez-vous libre... ou non?... Et en quoi auriez-vous participé à tout ceci?... Votre mari vous trompe... pour la femme d'un homme que vous haïssez.... Qu'y pouvez-vous?... Cet homme les tue tous les deux... Êtes-vous sa complice? Qui vous empêche ensuite d'épouser M. de Morville?... En quoi lui-même peut-il jamais vous soupçonner d'avoir trempé dans cette machination?... Bien plus, ainsi que je vous le disais, l'intérêt, les sympathies du monde ne seront-ils pas pour vous?...
—Vous êtes folle.... A peine M. de Brévannes se porterait-il à une si terrible extrémité s'il se croyait aimé de moi, et encore il n'oserait pas m'offrir une main... teinte du sang de mon mari....
—Cet homme est d'une jalousie d'orgueil si sauvage, que dans aucune circonstance il n'aurait hésité à tuer sa femme et son séducteur; mais comme il vous aime avec d'autant plus d'ardeur qu'il se croit follement aimé de vous, il ne doute pas que vous ne braviez les convenances jusqu'à lui donner votre main, et il se hâte à cette heure de tendre le piége où sa femme et votre mari doivent infailliblement périr.
—Mais vous perdez la raison. Cet homme, si vaniteux qu'il soit, ne se croira jamais aimé de moi. A peine lui ai-je dit quelques paroles bienveillantes pour conjurer le mal qu'il pouvait me faire.
—Mais... j'ai parlé pour vous... moi!
—Vous avez parlé pour moi?