Arnold interpréta cette expression négative en sa faveur, et répondit:

—En vérité, monsieur, cette offre est si aimable et faite avec tant de bonne grâce... que je craindrais de vous laisser voir tout le plaisir qu'elle me fait, si, comme vous le dites, entre chasseurs on ne devait pas avant tout accepter franchement ce qu'on vous offre franchement.

—Vous acceptez donc, monsieur?—s'écria M. de Brévannes.—Puis, s'adressant à Paula:—Puis-je espérer, madame, que l'exemple de M. de Hansfeld vous encouragera, si sauvage que soit mon invitation, si insolite que soit en plein hiver, je n'ose dire... une telle partie de plaisir. Je suis sûr que madame de Brévannes ferait de son mieux pour vous faire trouver moins longs ces quelques jours de solitude au milieu de nos bois.

—Croyez, madame—dit Berthe d'une voix altérée—que je serais bien heureuse si vous daigniez nous accorder cette faveur.

—Vous êtes mille fois aimable, madame; mais je crains de vous causer un tel dérangement...—dit Paula dans une inexprimable angoisse. Elle sentait que de son consentement allait dépendre son avenir, celui de M. de Morville, celui de Berthe et d'Arnold; car, ainsi que l'avait prévu Iris, sans s'attendre pourtant à cet incident si peu prévu, elle sentait que les événements allaient se précipiter d'une manière effrayante.

—Soyez généreuse, madame—dit M. de Brévannes;—nous tâcherons de vous distraire... nous organiserons pour vous de véritables chasses de demoiselles; j'ai des furets excellents.... Si vous ne connaissez pas le divertissement du furetage, cela vous amusera, je le crois.... Le temps est assez doux cet hiver... je puis vous promettre une pêche aux flambeaux.... Enfin, j'ai une réserve bien peuplée de daims et de chevreuils; vous en verrez prendre quelques-uns dans les toiles. Je me hâte de vous dire que cette chasse n'a rien de barbare, car les victimes restent vivantes. Je sais, madame, que ce sont là de rustiques et simples amusements; mais le contraste même qu'ils offrent avec la ville de Paris pendant l'hiver peut leur donner quelque piquant... de même qu'après les avoir goûtés vous trouverez peut-être plus de saveur aux brillants plaisirs du monde.

—Croyez, monsieur—répondit Paula, dans une anxiété de plus en plus profonde—que cette partie de plaisir improvisée me serait extrêmement agréable par la seule présence de madame de Brévannes; mais je crains vraiment qu'elle ne consente à ce voyage impromptu que par considération pour moi.

—Oh! non, madame, j'y trouverai, je vous assure, le plus grand charme... le plus grand plaisir....

Encore un effet important causé par une petite cause.

Ces paroles furent prononcées par Berthe avec une si naïve expression de bonheur et de joie... le regard qu'elle échangea en ce moment avec Arnold (regard rapidement intercepté par Paula) trahissait une passion si profonde, si ineffable, si radieuse, que tous les serpents de l'envie et de la rage mordirent madame de Hansfeld au cœur.