Paula avait continuellement évité toute occasion de se rencontrer seule avec M. de Brévannes. Ce dernier, selon les prévisions d'Iris, avait imité madame de Hansfeld, afin de ne pas donner une apparence de préméditation à la vengeance qu'il calculait avec un atroce sang-froid.

Berthe était pourtant agitée de sinistres pressentiments. Pendant toute la route de Paris à Brévannes, son mari avait été tour à tour d'une gaieté forcée et d'une si obséquieuse prévenance, que la défiance de Berthe s'était vaguement éveillée.

Un moment elle avait songé à prier son mari de la laisser à Paris; mais après l'engagement formel pris avec le prince et la princesse de Hansfeld, elle abandonna cette idée.

En arrivant à Brévannes, elle s'occupa des soins de la réception de ses hôtes. Chose étrange! il ne lui vint pas un moment à la pensée que son mari pût être épris de madame de Hansfeld; cette conviction l'eût peut-être rassurée. Quoique la manière dont cette partie de campagne s'était engagée eût été assez naturelle, un secret instinct disait à Berthe que ce voyage avait un autre but que la chasse au marais.

La seule personne complètement heureuse, et heureuse sans crainte et sans arrière-pensée, était Arnold. Un hasard inattendu servait si bien son amour naguère inespéré, qu'il se laissait aller au bonheur de passer quelques jours avec Berthe dans une intimité de chaque instant.

Iris observait tout et épiait surtout les moindres démarches d'Arnold et de madame de Brévannes. Malheureusement pour la bohémienne, ces derniers, malgré les soins incessants que M. de Brévannes avait mis à leur ménager des occasions de tête-à-tête, les avaient constamment évitées.

Il restait à Iris un dernier et immanquable moyen de forcer Berthe et M. de Hansfeld à une entrevue secrète et d'une apparence compromettante: dès que la nuit approcherait, elle irait dire à Berthe que son père, horriblement inquiet de son départ précipité, s'était mis en route, et que, pour ne pas rencontrer M. de Brévannes, il priait Berthe d'aller l'attendre dans le chalet où, l'été, celle-ci passait ordinairement ses journées. Cette maisonnette, située au milieu d'un massif de bois, était proche de la grille du parc; rien de plus vraisemblable que l'arrivée de Pierre Raimond; Berthe irait l'attendre au pavillon: au lieu du vieux graveur, elle verrait arriver Arnold; puis... prévenu par Iris, M. de Brévannes surviendrait.... Le reste se devine.

Le troisième jour de son arrivée à Brévannes, la bohémienne, lassée d'épier en vain, cherchait Berthe pour la rendre victime de la machination qu'elle avait méditée, lorsqu'elle aperçut celle-ci venant du côté du pavillon dont il est question, et un peu plus loin, derrière elle, M. de Hansfeld.

Iris se glissa dans un fourré de houx et de buis énormes qui ombrageaient le parc en cet endroit et formaient une allée sinueuse qui, longeant les murs, allait de la grille au chalet.

Il est bon de dire que cette fabrique, située à l'angle des murs du parc, se composait de deux pièces de rez-de-chaussée.