—Moi!—dit M. de Brévannes de l'air du monde le plus détaché—singulière preuve d'amour que de cruellement menacer la femme qu'on aime. Non, non, je n'ai pas d'amour pour elle... l'austère amitié peut seule recourir à des moyens si extrêmes....
—Il faut bien vous croire—dit tristement Iris en reprenant le livre.
—Adieu, Iris, à demain—dit M. de Brévannes;—vous rappellerez bien à madame de Hansfeld l'entrevue qu'elle m'a promise.
Elle n'y manquera pas.... Mais j'y songe... au nom du ciel, que rien ne puisse lui faire soupçonner que vous avez lu dans ce livre; je serais perdue.
—Rassurez-vous, ma chère Iris, j'aurai l'air d'être aussi étranger qu'elle à ses pensées les plus secrètes.... Rien ne trahira la connaissance que j'en ai. Promettez-moi seulement de m'apporter encore ce livre... il serait pour moi de la dernière importance de le consulter ensuite de l'entrevue que j'aurai demain avec votre maîtresse.... Me le promettez-vous?
—Encore mal faire... encore abuser de sa confiance.... Ah! maintenant je n'ai plus le droit de me plaindre de son injustice.
—Iris, je vous en supplie....
—Vous me le demandez, n'est-ce pas pour moi plus qu'un ordre.
Dans sa reconnaissance, M. de Brévannes prit la main d'Iris, et, l'attirant près de lui, voulut la baiser au front; la jeune fille le repoussa violemment et fièrement, à la grande surprise de M. de Brévannes, qui croyait combler les vœux de la jeune fille en se montrant si bon seigneur.
En arrivant sur le quai, Iris jeta à la rivière la bague qu'elle avait reçue pour prix de sa trahison.