Berthe, qui de temps en temps cherchait le regard d'Arnold, fut effrayée de sa pâleur croissante, et s'écria:
—Monsieur Arnold... qu'avez-vous? mon Dieu!... comme vous êtes pâle!
—Votre main est glacée, mon ami—dit Pierre Raimond, qui était assis à côté de M. de Hansfeld.
—Je n'ai rien... rien—répondit celui-ci;—je suis d'une faiblesse ridicule.... Certains airs sont pour moi... de véritables dates... et plusieurs motifs de Fidelio... se rattachent à un passé bien triste....
—J'avais pourtant déjà joué ce morceau—dit Berthe en quittant le piano et en venant s'asseoir à côté de son père.
—Sans doute.... J'étais alors tout au plaisir d'entendre votre exécution. Mais à cette heure, je ne sais pourquoi.... Oh! pardon... pardon de ne pouvoir vaincre mon émotion....
Et M. de Hansfeld cacha son visage entre ses mains.
Berthe et le vieillard se regardèrent tristement, partageant le chagrin de leur ami sans le comprendre.
Après quelques moments de silence, Arnold releva la tête. Il est impossible de rendre l'expression de tristesse navrante dont son pâle et doux visage était empreint. Une larme vint aux yeux de Berthe; par un mouvement d'ingénuité charmante, elle prit la main de son père pour l'essuyer.
—Vous souffrez—dit le vieillard à Arnold.—Que notre amitié n'est-elle plus ancienne! vous pourriez peut-être apaiser vos chagrins en les épanchant....