Que l'on suive attentivement les conséquences, la logique de ces plaintes, de ces espérances, de ces vœux... on arrivera toujours à un résultat véniellement meurtrier.
C'est toujours plus ou moins l'effrayante et fatale nécessité qui conduit Macbeth de crime en crime.
Que d'honnêtes gens ont frémi, épouvantés du nombre de crimes platoniques qu'ils étaient entraînés à commettre par une première pensée juste en apparence!
Pour Paula, une des idées résultant de son entretien avec M. de Hansfeld fut donc celle-ci:
—Mon mari, que je n'aime pas; mon mari, que j'ai épousé par obsession; mon mari, qui a de moi une opinion si infâme qu'il m'a crue capable d'avoir trois fois attenté à ses jours... mon mari aurait pu mourir..., et sa mort me permettait de récompenser l'amour le plus passionné.
En vain Paula, qui pressentait la funeste attraction de cette idée, voulut la fuir.... Elle y revint sans cesse, et presqu'à son insu, de même qu'on revient sans cesse et malgré soi au point central d'un labyrinthe où l'on est égaré.
Nous le répétons, rien de plus effrayant que l'entraînement forcé de certaines réflexions.
A cette idée succéda celle-ci:
—La personne qui attentait avec acharnement aux jours de M. de Hansfeld doit vivre dans notre intérieur.... Par quel motif veut-elle cette mort?
Après quelques moments de méditation, Paula, frappée d'une clarté soudaine, se rappela certains mots mystérieux d'Iris, l'attachement aveugle, presque sauvage de cette jeune fille, la haine qu'elle avait quelquefois montrée contre le prince lorsqu'elle, Paula, lui disait ses regrets d'avoir épousé cet homme capricieux et fantasque; plus elle y réfléchit, plus elle crut être sur la trace du véritable auteur de ce crime.... Son premier mouvement fut bon... Épouvantée de l'opiniâtreté féroce avec laquelle Iris poursuivait sa trame homicide, craignant qu'elle ne s'arrêtât pas là, elle voulut l'interroger et la confondre.