—Mon père, j'aurai du courage—reprit Berthe.—Ne me restez-vous pas?
—Oui... et nous parlerons souvent de lui... je te le promets—ajouta le vieillard en tendant la main à Arnold, qui la serra tendrement dans les siennes.
—Allons, du courage, monsieur Arnold—dit Berthe en tâchant de sourire à travers ses larmes.—Mon père vous l'a dit: nous ne vous oublierons jamais; nous parlerons bien souvent de vous. Adieu... et pour toujours, adieu....
M. de Hansfeld pouvait à peine contenir son émotion; il répondit d'une voix altérée:—Adieu, et pour toujours adieu.... Croyez... et....
Mais il ne put achever; les sanglots étouffèrent sa voix, et il cacha sa figure dans ses mains.
—Vous le voyez—dit-il après un moment de silence à Pierre Raimond qui le contemplait tristement—faible... toujours faible.... Que vous devez me mépriser, homme rude et stoïque....
Sans lui répondre, Pierre Raimond s'écria tout-à-coup:
—Mon Dieu! maintenant j'y songe... votre femme est innocente... soit... mais ce crime si obstinément répété... qui l'a commis? A Trieste, ici, des étrangers pouvaient en être accusés... mais en voyage, dans cette auberge, il faut que ce soit quelqu'un de votre maison, à moins d'une coïncidence extraordinaire.
—Je me suis fait aussi cette question, et elle est demeurée pour moi inextricable.... En voyage, nous n'étions accompagnés que de trois personnes: un vieux serviteur qui m'a élevé, une jeune fille recueillie par madame de Hansfeld, mon chasseur qui nous servait de courrier et que j'ai depuis très longtemps à mon service. Soupçonner mon vieux Frantz ou une jeune fille de dix-sept ans d'un crime si noir, si inutile, serait absurde; il ne resterait donc que le chasseur.... Mais quoique bon et dévoué, si vous connaissiez la bêtise de ce malheureux garçon, vous comprendriez que, plutôt que de le croire coupable, j'accuserais mon vieux Frantz ou la demoiselle de compagnie de ma femme.
—Mais cependant... ces tentatives....