—Assez, monsieur... assez... vous ne m'avez pas sans doute demandé cet entretien pour me parler d'un passé... que pour tant de raisons vous devez tâcher d'oublier.
—L'oublier... le puis-je? Ce souvenir a effacé tous les souvenirs de ma vie.
—Veuillez me répondre, monsieur. En insistant avec tant d'opiniâtreté pour obtenir ce rendez-vous, quel était votre but?
—Vous parler de mon amour plus passionné que jamais, vous intéresser... presque malgré vous, aux tourments que je souffre....
—Écoutez, monsieur de Brévannes—dit froidement Paula en l'interrompant—il y a deux ans, vous m'avez une fois parlé de votre amour... je ne vous ai pas cru.... Le silence que vous avez ensuite gardé sur cette prétendue passion m'a prouvé que voire aveu était sans conséquence.... Lorsqu'on m'a dit votre obstination à me rencontrer ici, j'ai attribué ce désir à un tout autre motif que celui de me parler d'un amour qui m'offense et qui me rappelle d'atroces calomnies....
—Eh bien! je ne vous parlerai plus de cet amour... je me contenterai de vous aimer sans vous le dire.... Attendant tout du temps, de la sincérité du sentiment que je vous porte, permettez-moi seulement de vous voir quelquefois.... J'aurais pu demander à l'un de nos amis communs de vous être présenté; j'ai préféré d'attendre votre agrément avant de tenter cette démarche.
—Je ne reçois que quelques personnes de mon intimité, monsieur—reprit sèchement Paula.—M. de Hansfeld vit très seul... il m'est impossible... surtout après votre étrange aveu, de changer en rien mes habitudes.
M. de Brévannes ne put réprimer un mouvement de dépit et de colère qui rappela à madame de Hansfeld qu'elle devait ménager cet homme; elle ajouta d'un ton plus familier:
—Songez, de grâce, à tout ce qui s'est passé à Florence... et avouez qu'il m'est impossible de vous recevoir... lors même que je le désirerais.
Ces derniers mots, seulement dits par madame de Hansfeld pour adoucir l'effet de son refus, parurent à M. de Brévannes fort encourageants. Il se souvint à propos des confidences du livre noir, et prit la froideur contrainte de la princesse pour de la réserve et de la dissimulation à l'endroit d'un amour qu'elle ne voulait pas s'avouer encore; il crut devoir ménager ces scrupules, certain qu'après quelques refus de pure convenance, Paula lui accorderait les moyens de la voir.