—En vérité, Charles, je suis bien reconnaissante de ce que vous voulez faire pour moi.. je m'en étonne même.
—Pauvre chère amie, sans y songer, vous m'adressez là un grand reproche.
—Oh! pardon, je ne voulais pas....
—Mais ce reproche, je l'accepte, car je le mérite.... Oui, depuis notre retour je vous ai assez négligée pour que la moindre prévenance de ma part vous étonne.... Mais, patience, j'ai ma revanche à prendre.... Ce n'est pas tout; on me croit un Othello; on croit que c'est par jalousie que je cache mon trésor à tous les yeux; je veux répondre à ces malveillants en conduisant mon trésor beaucoup dans le monde cet hiver, et prouver ainsi que vous m'inspirez autant d'orgueil que de confiance.
—Je ne puis répondre à des offres si gracieuses qu'en les acceptant, quoiqu'à regret et seulement pour vous obéir... car je préférerais beaucoup la solitude; et, si vous me le permettiez, Charles, je vivrais comme par le passé...
—Non, non, je vous l'ai dit; je serai aussi opiniâtre que vous....
—Eh bien! soit, je ferai ce que vous désirez; seulement soyez assez bon pour me promettre de ne pas me forcer de m'amuser trop—dit Berthe en souriant tristement.—J'irai dans le monde puisque vous le désirez vivement... mais pas trop souvent, n'est-ce pas?
—Soyez tranquille; lorsque vous y serez allée quelquefois, ce sera moi qui, j'en suis sûr, serai obligé de modérer vos désirs d'y retourner.
—Oh! ne craignez pas cela, Charles.
—Vous verrez, vous verrez.