Sonnent aux pieux enfants,

On le retrouve aux demeures

Où sont les saints Innocents,

Jouant avec leur couronne

Et leur palme de martyrs,

Bénissant Dieu qui leur donne

Tout le ciel pour leurs plaisirs.

L’admirable pays que la Bretagne, par sa foi et ses beaux génies ! Que tes lettres datées de là me font plaisir ! Que j’ai de joie, Maurice, de te savoir sur cette terre forte, de te voir vivre du même air qu’ont respiré Du Guesclin, Chateaubriand, Lamennais ! L’âme doit grandir dans une telle atmosphère. Que ne deviendra pas la tienne si naturellement belle ! Que ne recevra-t-elle pas en intelligence des intelligences qui t’entourent ! Quels torrents de foi et de lumière t’inondent dans ta solitude de La Chênaie ! Tu me représentes un religieux à Clairvaux du temps de saint Bernard. Seulement M. de Lamennais me semble un peu moins doux que cet admirable saint ; mais M. Gerbet a la suavité d’un ange. Je te préférerais sous sa direction toute d’amour et d’humilité. Recueille bien soigneusement les conférences religieuses qu’il vous fait et que tu destines à tes sœurs, les anachorètes du Cayla. Je suis au reste fort satisfaite de sa décision. Veuille bien lui en témoigner tous mes remercîments et combien je serais charmée de l’avoir toujours pour mon casuiste, mais ce ne sera jamais que de loin. Oh ! si au lieu d’être ta sœur j’étais ton frère, tu me verrais bientôt où tu es, supposé le talent avec la vocation. La vocation serait certaine. Il y a longtemps que je dis comme saint Bernard : O beata solitudo, o sola beatitudo ! Mais tu sais ce qui me retient toujours, mon père et toi, toi, mon ami, qui m’as dit de rester encore pour toi dans le monde. Mais tu as déjà pris ton parti, tu as pris le ciel et tu me laisses la terre. O mon bien-aimé frère ! si par incroyable tu la quittais avant moi cette vallée de larmes, qu’y deviendrais-je ? Mais changeons d’idée.

Que j’ai de reconnaissance pour ton ami du Val et sa gracieuse femme, cette Sara de la nouvelle alliance, qui accueille si gracieusement les pèlerins ! Tu as passé d’agréables jours sous cette tente hospitalière. Que dire à tes hôtes pour leur témoigner ma reconnaissance ? que leur envoyer ? Ils aiment la poésie, en voilà. Madame du Val d’ailleurs m’a écrit et veut savoir ce que j’aime.

Enfant, j’aimais les fleurs, les oiseaux, la parure ;