Je vous bénis ! je vous bénis !


Le 27 mai 1835[38]. — … Dieu seul peut donner la force et le vouloir dans cette lutte terrible, et tout faible et petit qu’on soit, avec son aide on tient le géant sous ses pieds ; mais pour cela il faut prier, prier beaucoup, comme nous l’a appris Jésus-Christ, et nous écrier : Notre Père ! Ce cri filial touche le cœur de Dieu et nous obtient toujours quelque chose. Mon ami, je voudrais bien te voir prier. La prière, qu’est-ce autre chose que l’amour, un amour au besoin et qui demande à Dieu, à l’auteur de tout bien ?

[38] Cf. [pages 78 et 79].

Tu comprends cela mieux que moi. M. de Lamennais a dit là-dessus des choses divines qui t’auront pénétré. Mais par malheur, il en dit d’autres maintenant qui ne te seront pas bonnes ! Son esprit d’indépendance me fait peur. Je ne comprends pas non plus que l’esprit de révolte et celui du christianisme puissent jamais faire alliance. Vit-on des révoltes chez les premiers chrétiens qui étaient bien autrement opprimés par le pouvoir que ne le sont les chrétiens d’aujourd’hui ? La légion thébaine, la légion fulminante ont-elles tiré l’épée ? N’en avaient-elles pas le droit autant qu’aujourd’hui la Pologne ? Dieu et la liberté n’étaient donc pas compris par les martyrs, comme M. de Lamennais les comprend ? Car les martyrs n’ont jamais levé le bras contre les ennemis de Dieu et de la liberté. Enfin je croyais que l’esprit du christianisme consistait dans la soumission à Dieu et aux maîtres, quels qu’ils soient, qu’il nous donne ; qu’à leur tyrannie il n’y avait à opposer que la prière, et, s’il le fallait, en témoignage de la vérité, souffrir la mort en paix et en pardonnant à ses bourreaux, à l’exemple de Jésus-Christ.


Le 21 août. — Voici un ornement de plus à ma chambrette, une gravure de la Sainte-Thérèse de Gérard, que notre amie, la baronne de Rivières, m’a donnée avec ta poésie à ce sujet. Il me tardait d’avoir ces deux belles choses. J’ai placé la belle sainte au-dessus de la table où j’écris, où je lis, où je fais mes prières. Ce me sera une inspiration pour bien prier, pour bien écrire, pour bien aimer Dieu. J’élèverai vers elle mon cœur et mes yeux, je lui dirai : « Regardez-moi du ciel, bienheureuse sainte Thérèse, regardez-moi à genoux devant votre image, contemplant les traits de l’amante de Jésus, avec un grand désir de les graver en moi. Obtenez-moi la sainte ressemblance, obtenez-moi quelque chose de vous ! Faites-moi passer votre regard pour chercher Dieu, votre cœur pour l’aimer, votre bouche pour le prier. Donnez-moi votre force dans l’adversité, votre douceur dans la souffrance, votre constance contre les tentations, votre indifférence pour la terre, votre ardeur pour le ciel. Que mon âme n’aspire qu’aux joies célestes, que je n’aie de vie qu’en l’amour divin ; que de cet amour proviennent toutes mes affections ; qu’il les consacre et qu’il remplisse de ses grâces le frère que j’aime comme vous aimiez le vôtre ! »

Sainte Thérèse souffrit pendant vingt ans des dégoûts dans la prière sans se rebuter jamais. C’est ce qui m’étonne le plus de ses triomphes. Je suis loin de cette constance, mais j’aime à me souvenir que, quand je perdis ma mère, j’allai, comme sainte Thérèse, me jeter aux pieds de la sainte Vierge et la prier de me prendre pour sa fille ; ce fut dans la chapelle du Rosaire, dans l’église de Saint-Pierre, à Gaillac. J’avais douze ans[39].

[39] Cf. [pages 88 et 89].

III[40]
MA BIBLIOTHÈQUE.