CAMPOSANTO

Ce grandiose édifice (pl. 16, B 1), oeuvre de génie du célèbre sculpteur et architecte Jean de Pise, fut élevé par les soins de la République pisane en 1278, dans le lieu où se trouvait, au temps du paganisme, le temple d'Adrien, comme on le voit sur un ancien plan de Pise, fait par l'architecte Bonanno, l'an 800.

Le Camposanto (Cimetière) est de forme rectangulaire et renferme au centre une pelouse destinée autrefois à ensevelir les gens du peuple. Il est ouvert tous les jours du matin au soir sans excepter les jours de fête. (Sonner à la porte à gauche. Donner un pourboire au gardien.) Il est long de 135 m., large de 43 m. et haut de 15. Il a, à l'extérieur, 43 arcades reposant sur 44 pilastres dont les chapiteaux sont décorés de figures.

Cet enclos contient 53 galères de terre sainte provenant du Mont Calvaire, transportée de Jérusalem à Pise par les Pisans en 1192, comme raconte notre historien Tronci. Cette terre avait la propriété (on ne sait si par nature ou par prodige) de consumer les cadavres dans l'espace de 24 heures, et l'on croit que les trois cadavres peints au fond du tableau de l'Orgagna, dit le Triomphe de la Mort, représentent les trois états successifs du changement de ces corps: leur putréfaction, leur dissolution et leur réduction en poussière dans ce court espace de temps.

Quatre galeries avec 62 fenêtres en ogive et des colonnettes de style gothique entourent en long et en large ce champ sépulcral.

Dans les galeries se trouvent les tombeaux d'une grande quantité d'illustres citoyens dont les noms sont gravés sur chacun des monuments funéraires. On voit à droite et à gauche, le long de la muraille, des sarcophages, des urnes cinéraires, des statues mutilées et d'autres objets précieux par leur antiquité, qui rendent ce cimetière un vrai et noble Musée, comme il fut appelé par la reine Suédoise Christine-Alexandrine.

On y entre par deux portes ouvertes dans la façade antérieure ornée de piliers et d'arcs, lesquelles portes sont placées dans la perspective de la Cathédrale et du Baptistère. En entrant par la porte la plus rapprochée de ce dernier monument, on trouve à gauche les fresques de Giotto, qui représentent la pitoyable histoire de Job. Les derniers tableaux de cette histoire sont, dit-on, de Nello de Vanni, non de François de Volterra comme d'autres le prétendent. A l'aile occidentale, on voit l'histoire d'Esther, peinte par Augustin Ghirlanda de Carrare, et celle de Judith, par Paul Guidotti, lucquois. Il faut remarquer, sous la première peinture, le monument des comtes Boniface de la Gherardesca, de Donoratico, ouvrage de l'école pisane du XIVe siècle; et celui de l'empereur Henri VII de Luxembourg, protecteur de Pise, appartenant au parti Gibelin, qui mourut à Buonconvento le 24 août 1313, et fut enseveli à Pise. On voit au-dessus, de grosses chaînes suspendues à la muraille, ce sont les chaînes du port Pisan enlevées en 1362, par les Florentins et les Génois, restituées à Pise par la commune de Florence en 1848, et par celle de Gênes en 1860.

Nous voilà dans la longue galerie septentrionale. La première peinture nous présente la Mappemonde céleste, c'est-à-dire une série de sphères l'une dans l'autre, la Terre dans le centre et le Créateur qui les soutient. Cet ouvrage est établi selon le système de Ptolémée. Au bas sont les effigies de deux Docteurs: saint Augustin et saint Thomas. Cette peinture est de Pietro di Puccio d'Orvieto, elle a été attribuée à Buffalmacco. Vient ensuite l'histoire de la Genèse depuis Adam jusqu'à Noé, par Pierre d'Orvieto et Benozzo Gozzoli; de ce dernier sont aussi les sujets de l'Ancien Testament jusqu'à la prise de Jéricho, ainsi que les peintures de l'Annonciation et de l'Adoration des Mages de la première chapelle, dans laquelle est une fresque de l'école de Giotto et un buste de saint Pierre, par Luca della Robbia. Il y a aussi une Madone de Taddeo Gaddi. Cette chapelle renferme encore le monument du professeur Ammannati (1359), par Giovanni Pisano.

A propos de la susdite peinture de l'adoration des Mages, il faut dire que, dans le jeune homme à cheval qui a la tête couverte d'un capuchon, Benozzo a voulu, à ce que l'on prétend, reproduire sa propre image.

Sur le sarcophage marqué du n° XVIII est un bas-relief de Nicolas de Pise, représentant la naissance de J.-C. A côté, est un autre sarcophage contenant les cendres d'Aldobrando del Bondo, surmonté d'un buste représentant Isotta, célèbre peintre de Rimini, oeuvre de Nino de Fiesole. Le sarcophage n° XX renferme les cendres de Béatrix de Canossa, mère de la célèbre comtesse Mathilde, toutes deux bienfaitrices de notre basilique. Le mythe d'Hippolyte et de Phèdre est sculpté sur ce superbe monument d'art grec, qui a servi d'étude à Nicola Pisano. On voit aussi, sculptée sur le sarcophage n° XXX, la chasse de Méléagre.