Ile zont, comme l'on prononce aujourd'hui, est tout à fait moderne: tous les textes donnent il ont, et Théodore de Bèze, à la fin du XVIe siècle, en fait encore une règle expresse:—«L's ne sonne jamais dans le pronom pluriel ils, que le mot suivant commence par une voyelle ou par une consonne, il n'importe. Ils ont dit, ils disent, prononcez il ont dit, i disent

(De Ling. fr. rect. pron., p. 72.)

Mort angoisseuse, corps alègre, fort et ferme; prononcez hardiment mor angoisseuse, cor alègre, for et ferme.

Dans le cas d'une consonne initiale suivante, il va sans dire qu'on arrêtait la voix sur la dernière voyelle; l'euphonie, qui défend d'articuler une finale, à plus forte raison en défendra deux. Il était réservé à notre siècle de prononcer more taffreuse, remore zet crime.

Le mutisme complet des finales est encore démontré par les rimes.

Car s'il est vrai que jamais consonne ne fût articulée ni n'agît à reculons sur la voyelle précédente, il s'ensuit que les poëtes, travaillant pour l'oreille et attentifs uniquement à la satisfaire, doivent avoir employé quantité de rimes qui aujourd'hui révolteraient également l'oreille et les yeux.

C'est précisément ce qui arrive, et par là se trouve confirmée la règle posée au début de ce chapitre: Toute consonne finale s'annule.

Ainsi venin rimait avec ennemi:

Qui doulceur baille a ennemi

Si le tendra il pour venin.