Les principales consonnes euphoniques intercalaires sont donc l's et le t. On a quelquefois aussi employé l et n.
Le d n'est qu'une modification du t, qui apparemment dans ces occasions ne sonnait pas durement: il parlad à lui ou il parlat à lui, c'est la même chose. De même, l'f finale s'adoucissait en v: chef, chevet; neuv heures; maison neuve.
On ne sera pas surpris que, dans un temps où il n'existait aucune espèce de code grammatical, des copistes ignorants aient parfois substitué une consonne euphonique à une autre, et les aient tantôt figurées où elles ne sonnaient pas, tantôt omises où elles sonnaient. Ce sont des accidents faciles à découvrir; et l'on se démêle bien vite de ces erreurs, une fois qu'on tient en main le fil d'Ariane, c'est-à-dire le sens de la règle.
Nous allons passer rapidement en revue les consonnes que l'on rencontre employées comme euphoniques.
C.
Je trouve (rarement, il est vrai) le c employé comme consonne euphonique à la fin de certains mots à qui l'étymologie n'en fournissait pas. Par exemple, jo (je).
Dist l'amiraill: Jangleu, venez avant;
Voz estes proz e vostre[24] saveir est grant;
Vostre conseil ajoc evud tuz tens.
(Ch. de Roland, st. 256.)