A grant ru de la bouche, et deux dens li brisa.
Prononcez hardiment: la cuidaT accoler.
Il y a plus: c'est que le t se glissait en des places où il est impossible de justifier sa présence, sinon par le besoin de l'euphonie. Nous disons encore: voilà-t-il, ne voilà-t-il pas… C'est bien là un t euphonique, exclusivement euphonique, et un témoignage du soin de nos ancêtres à rendre la prononciation musicale. De l'écriture, on ne s'en embarrassait pas; on écrivait voilà il; le langage était façonné par ceux qui parlaient: c'est tout le monde; ceux qui écrivaient ne comptaient pas.
Dans les verbes, l's était la finale euphonique de la seconde personne; t caractérisait la troisième, sans aucune exception et par tous les temps. Ces lettres seront écrites ou non, cela n'importe; suffit que vous êtes prévenus. C'est à vous, par l'application de cette règle, d'éviter les hiatus.
L'orthographe qui, après la découverte de l'imprimerie, s'établit peu à peu, s'est mise à recueillir ces finales; mais avec quelle négligence et quelle maladresse! En les attachant à certains temps et à la plupart des verbes, elle les a, par un oubli inconcevable, omises dans quelques autres. Cette inexactitude a introduit dans le langage une foule d'irrégularités et d'inconséquences. L'auxiliaire avoir, par exemple, ne devrait pas jouir de moins de priviléges que l'auxiliaire être; ils étaient jadis sur le même pied:
| Sum, | je sui. | Habeo, | j'ai. |
| Es, | tu eS. | Habes, | tu aS. |
| Est, | il esT. | Habet, | il aT. |
Y a-t-il une raison raisonnable (l'usage en est une déraisonnable) pour tantôt accorder, tantôt refuser ce t? pour permettre à Racine:
Sur quel roseau fragile a-t-il mis son appui?
et défendre au peuple: il at acheté?
Pour autoriser va-t-il venir? et condamner Malbrough s'en vat en guerre? C'est une tyrannie épouvantable! c'est abuser étrangement du titre d'académicien et du droit de faire un dictionnaire. Le peuple, dont les doctes méprisent le langage, pourrait leur répondre, comme le lion de la fable: