(Ch. de Roland, st. 256.)
Bénissons ces fautes de copistes, qui, nous restituant la vraie prononciation, nous mettent sur la voie de l'ancien usage, et sans lesquelles on pourrait taxer de chimériques les propositions les plus vraies, mais destituées de preuves.
On dut prononcer de même tous les participes en eu; apercevu, concevu, etc., qui ainsi redeviennent réguliers. Avoir faisait évu, comme tenir fait tenu; courir, couru; vouloir, voulu.
Le mot avoi, allons (à voie), d'où les Anglais ont fait away, est écrit partout dans la chanson de Roland AOI. On suppléait le v[30].
[30] Voyez sur cette exclamation la IIIe partie, au mot [AOI].
CHAPITRE IV.
Extraits du Roland.—Intercalaires euphoniques chez les Latins.
§ Ier.
Pour résumer en bref ce vaste et important système des consonnes euphoniques intercalaires, pour le présenter d'une manière plus sensible et plus suivie, je vais mettre ici quelques extraits de la chanson de Roland. Ces passages, en faisant connaître le plus poétique et l'un des plus anciens monuments du moyen âge littéraire, rompront utilement l'aridité de ces recherches. On ne sera pas fâché de faire plus ample et plus sérieuse connaissance avec le vieux Turold, l'Homère de Roncevaux, que l'élévation de la pensée, la grandeur et en même temps la naïveté de l'expression rapprochent si souvent de l'Homère grec[31].
[31] Le gouverneur de Guillaume le Conquérant se nommait Turold: «Turoldus tenera ætate pædagogus.» (Guillaume de Jumiéges, p. 268.) Rien n'empêche de le regarder comme le même Turold qui se déclare l'auteur de la chanson de Roland: