Festus observe également que les paysans ne prononcent pas les diphthongues, disant, par exemple, orum pour aurum (aou-roum).
Enfin Cicéron, au troisième livre de l'Orateur, reprend Cotta qui supprimait l'i et ne faisait entendre que l'e dans les mots autrefois écrits par ei, comme leiber, leibertas.
Il paraît donc bien clair que la diphthongue, chez les Romains, n'était que la réunion rapide de deux voyelles en une seule syllabe. Et c'est ainsi qu'elle existe toujours en italien:
Chiudiam l'orecchie al dolce canto e rio.
(Gerus., XV, 57.)
Ed impaurita al suon, fuggendo e ratia…
(Ibid., st. 49.)
Il en était de même en français, avec cette différence que les deux voyelles comptaient pour deux syllabes. En d'autres termes, toutes les voyelles sonnaient isolément; les diphthongues étaient inconnues.
D'après la définition que nous en avons donnée, nous ne compterons pas comme diphthongues les sons au, eu, ou, très-fréquents dans le langage, mais que l'écriture ne peignait pas comme aujourd'hui, n'y employant alors qu'une seule voyelle. Au, eu, ou, résultaient des notations al, el, ol, suivies d'une consonne; ou s'écrivait encore u. Il n'y a pas là de diphthongue.
Le passage de Varron nous montre que nous prononçons très-mal le mot ætas, en disant comme les paysans latins, étas. La prononciation légitime est celle des Italiens et des Allemands, qui disent aétas. Cet aétas vous donne sur-le-champ l'origine du vieux mot Aé, aujourd'hui modifié en âge.