(Ibid., 10742.)

Ce sont là les vestiges d'un système qui ne pouvait se conserver longtemps pur; les diphthongues s'étaient glissées dans le langage, peu nombreuses, il est vrai, mais elles ne tardèrent pas à se multiplier rapidement une fois admises dans l'écriture: elles étaient trop nécessaires. Une circonstance d'ailleurs favorisa singulièrement leur introduction: ce fut la manière dont on imagina de peindre les diverses inflexions des voyelles simples, ce que nous faisons aujourd'hui à l'aide des accents. J'ai montré comment on y employait les consonnes, et comment e, par exemple, prenait le son fermé devant st, sp: estrange, esprit. Ce moyen fut jugé sans doute insuffisant, et l'idée vint de modifier une voyelle par l'adjonction d'une autre voyelle. Le premier résultat fut l'abréviation ou l'éclaircissement de la voyelle longue et sombre; le second fut un son mixte auquel les deux voyelles concouraient également, c'est-à-dire une diphthongue.

Ainsi la plupart des diphthongues actuelles furent écrites avant d'être parlées.

CHAPITRE II.

Des voyelles simples.—Leur valeur individuelle.—Comment on les modifiait les unes par les autres.—Multiplication des diphthongues par une réaction de la langue écrite sur la langue parlée.—Accents vicieux chez les modernes.—OU et EU se suppléant.

§ Ier.

Cinq caractères pour représenter toutes les voix du gosier humain, c'est bien peu! La musique du moins possède sept notes, et elle a le secours des dièses et des bémols, sans compter les octaves; mais le langage en est réduit aux cinq voyelles.

Encore sur les cinq y en a-t-il une dont l'énergie native se refuse à toute modification, excepté celle de la durée. C'est l'i, qui ne subit d'accent que le circonflexe.

On en tira parti comme l'on put en le condamnant à modifier les quatre autres, desquelles l'a et l'e se montrèrent les plus souples et dociles; l'o et l'u se prêtent à moins d'altérations.

Il faut poser en principe que la valeur primitive, individuelle de ces quatre sons A, E, O, U, était longue et fermée; ce qu'un grammairien du VIe siècle me paraît exprimer assez bien par pingues et impinguntur[42]. On fit ressource de l'i pour leur donner le son bref, sec et ouvert.