Chascun l'encline de la teste.
(Le testament de l'Asne.)
Nous écrivons encore sans u œil et œillet. Cœur, sœur, œuvre, présentent la fusion des deux méthodes.
§ III.
ACCENTS VICIEUX CHEZ LES MODERNES.
Le système que nous venons d'exposer, par lequel on notait l'accent à l'intérieur du mot, tantôt au moyen des consonnes, tantôt au moyen des voyelles, offrait, ce me semble, des avantages de précision et de délicatesse que n'ont pas nos accents modernes. Nous n'avons aujourd'hui qu'un seul é fermé; nos pères en connaissaient trois ou quatre nuances: veritet; pitie; maufez; rocher; espee. Voyez que de manières d'indiquer l'accent aigu! Est-il probable que cet accent, sous ces formes diverses, fût partout absolument le même?
En outre, un accent est bien vite omis ou ajouté hors de propos. Il s'absente ou se fixe; l'habitude se prend, et voilà un mot défiguré. C'est ainsi que l'Académie écrit dorénavant, qui est pour d'ore-en-avant, comme si les racines étaient doré-navant.
Que le premier venu prononce débonnaire avec un accent aigu, on n'y prend pas garde; il ne fait pas autorité. Mais on s'afflige de voir l'Académie consacrer cette faute, et écrire débonnaire, comme si elle ignorait le vrai sens et l'étymologie de ce mot. C'est une métaphore empruntée, comme tant d'autres, à cet art de la vénerie, dont nos pères faisaient leurs délices. Il est de bonne aire, il est issu d'un bon nid, de bonne extraction.
Roland voyant étendu par terre le cadavre de Turpin, lui adresse quelques mots d'oraison funèbre:
E! gentilz hom, chevaler de bon aire,