Et à la fin de ce siècle, qui vit changer et modifier tant de choses de toute nature, Théodore de Bèze dit expressément:

—«Il est d'usage d'employer l'apocope dans certaines locutions, a'vous, pour avez vous; sa'vous, pour savez vous. Mais aga pour regarde, agardez pour regardez, sont des formes abandonnées à la populace de Paris.»

(De Ling. fr. recta pron., p. 84.)

A'vous et sa'vous sont aujourd'hui descendus au niveau d'aga et agardez. Ces locutions sont reléguées avec dédain parmi le peuple, après avoir brillé au Louvre de François Ier et de Henri III.

§ V.
ADJECTIFS INVARIABLES EN GENRE.

C'est ici le lieu de parler de certains adjectifs dont le féminin ressemble au masculin. Grand est aujourd'hui le plus connu ou même le seul connu, à cause des locutions conservées grand messe, grand route, j'ai grand faim, etc. Ce mot a l'air d'être l'objet d'une exception bizarre, parce qu'il survit seul de toute une classe. Il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup fréquenté les auteurs du moyen âge, pour avoir observé quantité d'autres adjectifs uniformes au masculin et au féminin. On pourrait supposer que c'est par le retranchement de l'e muet de la dernière syllabe; il n'en est rien: cet e ne leur a jamais appartenu.

M. Raynouard avait signalé cette apparente bizarrerie, dont l'origine a été indiquée par M. J.-J. Ampère avec beaucoup de sagacité.

Les adjectifs latins en is, comme grandis, fortis, viridis, n'ont qu'une terminaison pour le masculin et le féminin; tous leurs dérivés français observent la même condition.

TALIS, QUALIS; tel, quel:

Ne sai quel chose traïnoient.