Ces formes de féminin identiques à celles du masculin ne sont donc ni par apocope ni par élision, quoique nous écrivions grand'messe avec une apostrophe, et que tous les grammairiens admettent sérieusement cette élision impossible d'une voyelle sur une consonne.—«L'e muet de grande s'élide quelquefois: on dit et on écrit grand'mère, grand'tante, etc.»—Qui parle ainsi? L'oracle de la science, l'imposante GRAMMAIRE DES GRAMMAIRES, ouvrage mis par l'Université au nombre des livres à donner en prix, et reconnu par l'Académie française comme indispensable à ses travaux.» Cela ressemble à une épigramme contre l'Académie.

L'erreur de Girault-Duvivier existe déjà, il est vrai, dans Théodore de Bèze; et c'est là probablement qu'on l'a été prendre. Le progrès eût été de l'y laisser.

Voici le texte de Bèze:—«Observandum est autem particulariter fœminium adjectivum grande, in quo e consuevit etiam ante confortantes elidi, ut une grand' besogne, une grand' chose, une grand' femme.

(De ling. fr. rect. pron., p. 83.)

A cette occasion, je remarquerai que Théodore de Bèze n'est pas un guide toujours sûr, et que les érudits du XVIe siècle étaient incomparablement meilleurs philologues en latin où en grec qu'en français. Dans le XVIe siècle, à la fin surtout, le français subissait déjà de graves altérations. La renaissance des lettres grecques et latines détournait l'attention de la vieille littérature nationale, en avait fait même l'objet d'un docte mépris, qui a été rendu avec usure par le siècle suivant. Le XVIe siècle ne voyait rien de plus glorieux que d'effacer tout ce que nous avions, pour recommencer une langue et une littérature d'après l'antiquité. L'influence italienne exercée par la cour achevait de tout brouiller. Il ne faut donc se fier qu'avec circonspection aux témoignages soit de Henri Estienne, soit de Théodore de Bèze, soit des autres écrivains. Ils ont déjà perdu la pure tradition des règles et du langage; toutefois ils en sont encore bien plus rapprochés que nous, et c'est dans ce sens qu'on peut les étudier avec fruit.

§ VI.
DE LA TMÈSE.

La tmèse est l'opposé de la contraction: celle-ci resserre les mots, celle-là en écarte les parties pour insérer un autre mot dans l'intervalle.

On ne pratique plus la tmèse dans notre langue, mais autrefois elle y était fréquente. Cinq expressions y étaient particulièrement sujettes: senon (sinon),—vez ci, ez vous (voici),—jamais et par dans un certain sens qu'il ne pouvait avoir isolément:

A sire Constant Duhamel

N'a sa fame, dame Isabel,