(Le Dit du Buef.)
—«Que vous dirois jou? la pais fu faicte et confremée.» (Villehard., p. 185.)
Dexter a fait dextre, et sinister, senestre. On prononçait dêtre et senêtre, comme fenêtre. L et r étant deux liquides, ne comptent pas à la seconde place pour des consonnes entières; cependant le désir d'obtenir un mot plus coulant à l'oreille a déterminé quelquefois une transposition superflue en principe. Ainsi l'on a dit, au lieu de dêtre, drète. Ensuite, à cette forme féminine, on a créé le masculin dret, que l'on a écrit plus tard droit, droite; et voilà comment droit dérive de dexter, par métathèse ou transposition.
Faible vient de même de flebilis, et a existé sous la forme floible (flouèble). Dans le Livre des Rois, dans saint Bernard, dans les Moralités sur Job, on ne rencontre jamais que floibe, afloibir; floibeteit, pour faiblesse, de flebilitas. Jean de Meung, dans sa version d'Abélard, n'emploie jamais que floibe; le roman de Berte aus grans piés nous montre déjà ce mot avec deux l, dont la seconde seule a survécu:
Mais elle avoit el bois receu trop male rente
Que de plusieurs meschiefs ot eu plus de trente,
Si que ne pot mengier, tant fu et floible et lente[8].
(Berte aus grans piés, p. 72.)
[8] Ce dernier exemple donne lieu à une observation que je ne veux pas différer, bien qu'elle soit anticipée et hors de la matière que nous traitons en ce moment.
La mesure de ces vers prouve qu'il faut prononcer dans le premier receu en deux syllabes, comme il est aujourd'hui; et dans le second, é-u, avec diérèse, c'est-à-dire séparation des voyelles.