—«Un prestres, qui avoit nom Plegilles, un jor pria nostre Seigneur qu'il li monstrast (en) quel forme et quel semblance s'atapissoit souz le pain et le vin que li prestres sacroit a l'autel.»
(Vies des SS. Pères, liv. II, dans Roquefort.)
Voici maintenant un relevé de quelques mots, propre à faire voir combien certaines idées ou nuances d'idées sont récentes parmi nous; car l'histoire des mots est celle des idées, et c'est par où le travail que je propose sur l'âge des mots serait philosophique, puisqu'il retracerait avec exactitude le progrès de la pensée et le mouvement de la civilisation.
DÉSAGRÉMENT: «Ce mot est nouveau, et commence à s'établir,» écrit Bouhours en 1675, deux ans après la mort de Molière.
INSIDIEUX a été fait par Malherbe. Ce mot, aujourd'hui parfaitement établi, était encore repoussé à la fin du XVIIe siècle. «S'il avait passé, dit Bouhours, il aurait frayé le chemin à insidiateur; mais comme on a rebuté insidieux, je crains qu'on ne reçoive pas insidiateur.» La conséquence du père Bouhours s'est trouvée fausse: insidieux est admis, et insidiateur ne paraît pas avoir la moindre chance de l'être. Toutefois, attendons tout du temps, et ne préjugeons rien.
SAGACITÉ se trouve dans Saint-Réal, dans Balzac; Gassendi: Cela passe la sagacité de l'esprit humain; et Balzac: La sagacité scaligérienne. Mais c'était du néologisme; c'était parler latin, italien ou espagnol en français:—«Par malheur, les femmes ne l'entendent pas, et ont peine à s'en accommoder.» (Bouhours, Rem. nouv.).