Ménage a fait PROSATEUR, et il ne manque pas de s'en vanter bien haut, criant: J'ai fait prosateur! Sur quoi le père Bouhours, qui détestait Ménage, et semble n'avoir écrit ses Remarques que pour avoir occasion de le déchirer, lui fait une querelle de vingt-deux pages consécutives et bien pleines, ni plus, ni moins.
Il constate d'abord que «prosateur est né sous une malheureuse étoile, et a vieilli sans faire aucun progrès à la cour, ni même en province.» Il démontre ensuite qu'il en devait être ainsi; sa démonstration, passablement pédantesque, se fonde sur ce que prosateur devrait signifier un faiseur de proses pour l'Église, et sur ce que le verbe proser est encore à faire. Le premier argument est ridicule, et le second est faux. Théophile, ou quelque autre adversaire de l'école de Malherbe, avait dit:
Tout ce qu'il propose
N'est que proser des vers ou rimer de la prose.
Si le jésuite Bouhours n'avait pas été aveuglé par son inimitié contre Ménage, il aurait reconnu que prosateur était un mot nécessaire pour remplacer orateur, mal à propos employé dans ce sens; et, au lieu de combattre ce mot par de mauvaises raisons et de petites épigrammes hypocrites encore plus mauvaises, il se fût appliqué à le recommander et à en montrer l'utilité. Au reste, le succès définitif de prosateur prouve deux choses: que tout jésuite n'est pas prophète, et qu'on peut réussir sans eux, voire malgré eux.
RENAISSANCE, mot nouveau en 1675, au témoignage de Bouhours.
EMPORTEMENT. «Nous avons vu naître ce mot, sans que nous sachions précisément qui en est l'auteur.» (Bouhours, Nouv. Rem.)