INDÉVOT fut accueilli par Boileau, et cette protection ne dut pas contribuer faiblement à sa fortune:

Laissez là, croyez-moi, gronder les indévots,

Et sur votre salut demeurez en repos.

Mais la Satire des femmes, composée en 1693, l'année de la mort du pauvre la Fontaine, ne fut publiée que l'année suivante, onze ans juste après le décès de Molière, et dix-sept ans après l'apparition de Tartuffe. Dévot se trouve dans Tartuffe: Ah! vous êtes dévot, et vous vous emportez! Indévot ne s'y trouve pas. Molière, qui l'eût si bien placé, n'avait à sa disposition que LIBERTIN:

Mais outre qu'à jouer on dit qu'il est enclin,

Je le soupçonne encor d'être un peu libertin:

Je ne remarque point qu'il hante les églises.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Mon frère, ce discours sent le libertinage.

Chose étrange, de voir comme dans le cours du temps la valeur des mots s'en va à la dérive! Qui croirait aujourd'hui que libertin, dans le XVIIe siècle, pouvait avoir une acception favorable? Peut-être même, à sa naissance, n'en avait-il point d'autre. «Libertin signifie quelquefois une personne qui vit à sa mode, sans néanmoins s'écarter des règles de l'honnêteté et de la vertu. On dira d'un homme de bien, ennemi de tout ce qui s'appelle servitude: Il est libertin; il n'y a pas un homme au monde plus libertin que lui. Une honnête femme dira même d'elle, jusqu'à s'en faire honneur: Je suis née libertine. Ces mots, en ces endroits, ont un bon sens et une signification délicate.» (Bouhours, Remarq. nouv.)