Li reis serat as meillors pors de Fizer

S'arrere guarde aurat detres sei mise.

(St. 43.)

On voit ici l'r avancer de deux syllabes; c'est comme dans le mot Fontevrault (Fons Ebraldi), qu'on prononçait, du temps de Louis XIV, Frontevault. Ménage a grand soin de nous en avertir. Cependant il n'y avait pas ici nécessité absolue, l'r étant aussi bien liquide après le v qu'après l'f; mais comme l'f est plus forte, l'r s'y appuie mieux.

C'est le même motif qui a changé boucle en blouque:—«… La grant espée de parement du roy, dont le pommeau, la croix, la blouque… estoient couverts de veloux azuré.»

(Monstrelet, III, fol. 22, 1572.)

Lorsqu'il s'agit de transporter en français le mot spiritus, comme il n'y avait pas moyen de garder les deux consonnes consécutives, on usa de la ressource convenue en pareil cas, qui était de les faire précéder d'un e et d'éteindre ensuite l's dans la prononciation, en donnant à l'e le son fermé.—On supprimait la terminaison latine.

Cela produisit le mot espir, qui est la forme écrite la plus ancienne, la seule à peu près qu'on rencontre dans les textes du XIIe siècle, et qui se montre encore quelquefois dans les manuscrits du siècle suivant.

—«Cis filh vivent dedans par espir ki defors muerent par char.» (Job, 504.)

«Ces fils vivent au dedans par l'esprit, qui au dehors meurent par la chair.