(Farce de Pathelin.)
«La bonne Laurence, votre belle tante.»
Le t initial est une ancienne consonne euphonique. Pour éviter la ante ou ma ante, qui eût fait un hiatus, on prononçait, quand on ne voulait pas élider, mat ante; et l'on a écrit ensuite, perdant de vue l'étymologie, ma Tante.
Bon nombre de mots se trouvent ainsi transformés, ou plutôt créés, par une erreur d'orthographe. Nous avons, par exemple, mie, qui n'a jamais existé. On disait, avec élision, m' amie, et non pas ridiculement mon amie, comme nous faisons, joignant à un substantif féminin un pronom masculin. Des ignorants (c'est toujours la majorité) s'avisèrent d'écrire ma mie; il n'en fallut pas davantage: le barbarisme fut adopté. L'Académie l'enregistra sans conteste, et l'édition de 1835 consacre le mot mie par cet exemple: Ma mie, sa douce mie. L'Académie ne devrait pas peut-être puiser ses autorités dans les chansons de l'abbé de l'Attaignant.
Jean-Jacques, se conformant à l'usage reçu, a écrit: cette vieille mie. Il fallait signaler son erreur, et non pas l'ériger en loi. Voilà comme les langues se déforment.
Pourquoi n'a-t-on pas aussi créé mour, puisqu'on dit m' amour, et qu'on peut écrire ma mour comme ma mie? C'est une inconséquence.
CHAPE-CHUTE est chape tombée. Chercher, trouver chape-chute, c'est chercher, trouver quelque bonne aubaine fortuite, comme de celui qui trouverait une chape tombée sur la grande route. L'expression, comme on voit, remonte au temps où la chape était le vêtement commun de tout le monde:
Un villageois avait à l'écart son logis;
Messer loup attendait chape-chute à la porte.