[90] Il faut tirer le t de chute, du barbarisme cadutus, qui serait le participe régulier de cado, et qui, apparemment, se disait dans le peuple, puisqu'il est resté en italien: caduto. Au reste, la forme grammaticale et la populaire sont toutes deux représentées en français et en italien par cas et chute, caso et caduta.

Remarquez le d intercalé dans chiedent. Ché-oir faisait régulièrement ché-ent; mais pour éviter, même à l'intérieur d'un mot, le concours de ces deux e, on glisse entre deux un d: chédent li fuldres. C'est le d du radical: Cadunt fulmina.

J'ai tenté de montrer l'emploi des consonnes intercalaires d'un mot à un autre; mais il y aurait à faire de grandes recherches sur l'introduction de ces consonnes dans le corps des mots. Ce serait, je crois, une des plus abondantes sources d'étymologies. Il faudrait prendre l'euphonie pour guide principal, et apporter dans cette étude une circonspection, une délicatesse extrêmes. Ainsi l'hiatus qui blessait dans chéent, ne blessait pas dans chéoir, caoir; pourquoi? C'est que l'hiatus peut être doux entre deux voyelles différentes, et qu'il est toujours pénible quand la voyelle rebondit sur elle-même.

DAME!

L'Académie dit que cette exclamation est populaire; mais elle n'en explique pas le sens, et donne à penser que ce sens est le même que dans le substantif féminin une dame. Il n'en est rien,

Dame est la traduction primitive de Dominus. Dame Dieu, c'est Dominus Deus. La première orthographe est même Damne. C'est ainsi que ce mot se présente dans la chanson de Roland:

Respont Rollans: Ne placet Damne Deu

Que mi parent pur mei seient blasmet.

(Roland, st. 62.)

«Ne plaise au Seigneur Dieu,» etc.