«Notre langue n'aime point les exagérations, parce qu'elles altèrent la vérité. Et c'est pour cela, sans doute, qu'elle n'a point de ces termes qu'on appelle superlatifs, non plus que la langue hébraïque. Car grandissime, bellissime, habilissime, dont les provinciaux et même quelques gens de cour se servent, ne sont pas français. Et pour illustrissime, sérénissime, révérendissime, généralissime, ce sont des termes établis pour marquer les qualités des personnes, et non pour exagérer les choses.»
(Ariste et Eugène, IIe entretien.)
Là distinction de Bouhours sur illustrissime et révérendissime est trop visiblement jésuitique. Ces mots sont pour marquer des qualités, et non pour exagérer. Belle finesse! Cela sent sa casuistique de Loyola, qui, à tout prix, tourne les choses au point de vue dont elle a besoin. Ces mots illustrissime, révérendissime, sont-ils des superlatifs, oui ou non? Voilà toute la question, et la réponse n'est pas douteuse.
Si le père Bouhours avait lu les anciens auteurs du moyen âge, il aurait su qu'au contraire ces superlatifs sont tout à fait dans le génie de notre langue; que pendant plusieurs siècles on s'en servit continuellement, et sans scrupule. Ce sont les beaux esprits, les raffinés en habit brodé ou en soutane, qui, au XVIIe siècle seulement, s'avisèrent de les proscrire. Jusque-là, on trouve les superlatifs en issime ou en isme, par contraction.
Roland, blessé à mort dans les vallons de Roncevaux, à l'heure d'expirer, apostrophe d'une manière touchante son épée Durandal:
O Durandal! cume es bele et saintisme!
(Roland, st. 170.)
«Comme tu es belle et santissime!»
BONISME, pour bonissime, est très-curieux, car il n'a pu être transporté directement du latin, qui dit optimus; il a donc fallu le former du français bon, en imitant le procédé latin; preuve que ce procédé n'est pas si antipathique au génie de notre langue.