L'ancien dictionnaire de l'Académie enregistre cette prononciation sans la blâmer ni l'approuver; mais Ménage, de son autorité privée, décide que épervier est la seule prononciation légitime. C'est dans ses Réflexions sur la langue françoise, dans ses Observations il s'était contenté de dire:
«Celui qui porte les épreuves (d'une imprimerie) s'appelle épervier, par corruption pour épreuvier, ou par allusion à un épervier, à cause qu'il doit voler et voler viste comme un épervier, en portant et rapportant les épreuves. Et à ce propos, il est à remarquer que nos anciens disoient éprevier, au lieu d'épervier.» (Obs., p. 336.)
Tout le génie étymologique de Ménage brille dans cette conjecture sur l'épreuvier, qui vole comme un épervier.
De verus on a fait voir, qu'on prononçait vouére, quand l'r finale était suivie d'une voyelle: voir est, verum est. Mais quand le second mot commençait par une consonne, on ne pouvait plus conserver l'r à la fin, ce qui eût ajouté un e muet et donné deux syllabes au lieu d'une. Que faisait-on alors? On transposait l'r en parlant, et, tout en écrivant voir, on prononçait vroi, vroué, et finalement vrai.
Enfans, ce dist Aymon, soyez bien retenans
Ce que vo mere dist, car elle est voir disans.
(Les quatre fils Aymon, v. 138.)
Car elle est vré disant, et non voire disant, qui romprait la mesure.
La broderie fut inventée pour orner le bord d'un vêtement. Border, broder, c'est le même mot; l'un est le mot écrit, l'autre le mot parlé.
On écrivait poverté à cause de paupertas, mais on prononçait povreté: