Les Grecs mettaient aussi après un comparatif le génitif du nom. La tournure par que est empruntée aux Latins: Major quam tu; Paulus est doctior quam Petrus; et c'est aussi la plus anciennement employée en français. Dans le livre des Rois, fort antérieur à tout ce que je viens de citer:

«Greignure est assez ta sapience que la nuvele qu'en ai oie.»

(Rois, p. 272.)

«Ta sagesse est beaucoup plus grande que la nouvelle que j'en ai ouïe.»

Ainsi nous surprenons des traces de l'influence italienne sur le français dès le règne de saint Louis.

DIABLE A QUATRE (Faire le).

Quand notre théâtre prit naissance, vers le XVe siècle, on jouait des mystères dévots; on jouait aussi des diableries; dans les mystères, les héros du drame étaient des saints; dans les diableries, des diables. Il y avait les petites diableries, où il ne paraissait que deux diables, et les grandes diableries, où il en paraissait quatre, épouvantablement déguisés et menant le plus grand bruit possible. De là cette locution proverbiale: faire le diable à quatre.

Comme toutes les choses vont en se perfectionnant, on introduisit bientôt dans les diableries un nombre illimité de diables. Il y en avait certainement plus de quatre dans la troupe qui, sous la conduite de Villon, joua ce tour abominable raconté au 13e chapitre de Pantagruel. Il en coûta la vie au pauvre frère Étienne Tappecoue, sacristain des cordeliers, pour avoir refusé à ces garnements une chape dont ils voulaient habiller un vieux paysan qui faisait Dieu le père. Villon fut averti un certain samedi que frère Tappecoue, monté sur la poutre du couvent (c'est une jument non saillie)[91], s'en allait à la quête. Après avoir montré la diablerie par la ville et le marché, ils s'allèrent embusquer sur la route, et firent si grand'peur à la monture du sacristain, qu'elle prit le mords aux dents, jeta bas son cavalier, le traîna à écorche-cul, avec force ruades, en sorte qu'elle rentra au couvent ne rapportant de frère Tappecoue que le pied droit, avec le soulier entortillé dans les cordes qui lui servaient d'étrier. Le reste était demeuré en lambeaux par les chemins. On jugera s'il y avait de quoi faire cabrer un cheval: «Ses diables estoient tout caparassonés de peaulx de loups, de veaulx et de beliers, passementées de testes de moutons, de cornes de bœufs et de grands havets de cuisine[92], ceints de grosses courrayes esquelles pendoient grosses cymbales de vaches et sonnettes de mulets, à bruit horrifique; tenoient en main aulcuns bastons noirs pleins de fusées; aultres portoient longs tisons allumez, sus lesquels à chascun carrefour jettoient pleines poignées de porasine (poix résine) en pouldre, dont sortoit feu et fumée terrible!… Tappecoue arrivé au lieu, tous sortirent au chemin au devant de luy, en grand effroy, jetant feu de tous costez sus luy et sa poultre, sonnans de leurs cymbales et hurlans en diables: Hho! hho! hho! hho! brrrourrrs! rrrourrrs! rrrourrrs! hou! hou! hho! hho! Frere Estienne, faisons nous pas bien les diables?»

[91] Pullus, pulla, pullitra, poultre.

[92] Havet, crochet. Havet de cuisine, crochet avec lequel on tirait la viande du pot.