Il a existé aussi une seconde forme de prétérit; celle-ci, dérivée de stare: J'estu, tu estus, il estut, mais avec le sens exclusif de steti, stetisti, stetit. Au troisième livre des Rois, le Seigneur demande qui veut aller tromper Achab; un esprit se présente, et dit: Je le tromperai.
«Uns vint avant e estud devant notre Seigneur, si dist: Jol' decivrai.» (Rois, p. 337.)
Comme l'on voit, le verbe être était originairement beaucoup moins irrégulier qu'il n'est aujourd'hui.
Voici un curieux exemple où l'on voit rapprochés l'infinitif ester, dans le sens esse, et le participé estant, dans le sens de stando. C'est dans la chanson de Roland; le poëte fait une peinture pitoyable de la nuit qui suivit la défaite de Roncevaux: les hommes étaient étendus morts ou mourants, il n'y avait pas un cheval qui pût se tenir debout; celui qui voulait de l'herbe, la prenait étant couché:
Ni ad cheval qui puisse ester en estant:
Ki herbe voelt, si la prent en gisant.
(Roland, st. 180.)
Il est clair que, dans ce passage, il faut prononcer estre, quoiqu'il y ait écrit, conformément à l'étymologie, ester.
FAIRE.
Nous sommes à la veille de perdre, par négligence, un des plus précieux emplois de ce verbe. Faire avait jadis le privilége de se substituer en temps, nombre et personnes, à un verbe déjà exprimé qu'on avait besoin de répéter dans la même phrase: