(Roland, st. 160.)
«Qui qui les rappelle.»
Donnez cela à rendre à un poëte moderne; il sera obligé de dire qui que ce soit qui les rappelle… Il n'en viendra jamais à bout! Il sera obligé de subir ces six malheureux monosyllabes vides de sens et d'une extrême dureté, là où nos pères s'en tiraient avec deux syllabes. Alors le poëte usera son temps et son génie à tourner cette niaise difficulté. Croit-on que l'art ait beaucoup gagné à se forger de telles entraves, et la langue à se charger de mots inutiles?
Qui que ce soit qui s'en fâche. Huit syllabes où nos pères en employaient trois: Qui qu'en poist[106]:
[106] Du verbe poiser, peser. Qui est ici au datif, et s'écrivait mieux cui. L'identité de la prononciation a causé celle de l'orthographe.
Tranche li dux le cuer e le pulmon,
Que mort l'abat qui qu'en poist u qui nun.
Dit l'arcevesque: Cis cop est de barun.
(Roland, st. 96.)
«Le duc (Samson) lui traverse le poumon et le cœur, et l'abat mort, qui que ce soit qui s'en fâche ou ne s'en fâche pas. L'archevêque (Turpin) dit: C'est frappé en baron.»