[123] Laplace, Pièces intéressantes, III, p. 239.

Laplace, qui a recueilli cette platitude historique, se demande laquelle des deux chansons est l'aînée. Il n'est pas malaisé de s'en apercevoir: le Convoi du duc de Guise n'est évidemment qu'une fade et grossière parodie de quelque antique romance, encore populaire au XVIe siècle, oubliée au XVIIIe siècle, et que la bonne madame Poitrine apporta du fond de sa province dans le Louvre des rois de France. Le Convoi du duc de Guise affecte de ne point rimer, parce que la chanson de Malbrou ne rime pas; je veux dire qu'elle semble ne pas rimer pour ceux qui ignorent les règles de la poésie au moyen âge.

La chanson de Malbrou est en vers de douze syllabes et en couplets monorimes, comme les chansons de Geste du XIIe et du XIIIe siècle. Chaque vers se partageait alors en deux hémistiches bien marqués, dont le premier jouit du privilége aujourd'hui réservé à la finale du vers féminin, c'est-à-dire que l'e muet n'y compte pas. Par exemple:

Chy fine le matere de Regnaut le baron,

Qui tant jour guerroya l'empereour Karlon.

Oncques plus vaillant prince ne viesti haubergon,

Que fu li bers Regnaut, tant il estoit preudom.

(Les quatre fils Aymon.)

«Ici finit l'histoire du baron Renaud (de Montauban), qui guerroya si longtemps l'empereur Charlemagne. Jamais ne vêtit l'haubergeon plus vaillant prince que ne fut le baron Renaud, tant il était brave homme.»

Il est sûr que ces vers paraîtront dépourvus de la moitié de leurs rimes, si on les dispose ainsi: