—«L'homme que vous dites, madame, depuis un bon mois il est mort, et par testament vous ordonne de vous marier avec moi.

—«Ne permette le Dieu du ciel, ni feu ma sainte mère Ignès, que femme de notre lignage se marie plus d'une fois! De ses trois filles qu'il me laisse, la première je marierai, la seconde prendra le voile; la troisième je garderai, qui me guide et qui m'accompagne, et qui me prépare à manger, et qui par la main me conduise dans la maison du colonel.

—«Ne vous affligez pas, madame; dame, ne vous affligez pas. (Il lève sa visière.) Tenez, regardez mon visage, pour voir si vous me connaissez?

—«Ah! vous êtes mon cher Mambrou! vous êtes mon mari, mon maître! vous…» Elle chut évanouie dans les bras de son cher trésor, la pauvre dame, défaillante de sentiment et de plaisir.

«Puis étant à soi revenue, tous deux s'en furent chez le roi, qui les reçut entre ses bras comme ils se jetaient à ses pieds.

«Voilà, messeigneurs, le Mambrou que tout le monde défigure[130], et qu'une Égyptienne chante sur la grand'place d'Aranjuez.»

[130]

Este es el Manbrù senores

Que se canta del revez.

Ce second vers est obscur, parce que l'expression est impropre, l'auteur ayant été contraint sans doute par la rime d'Aranjuez. J'ai choisi le sens qui m'a semblé le seul raisonnable: la gitana accuse d'inexactitude toute version autre que la sienne, et donne son adresse aux amateurs de la véritable complainte de Mambrou.