Ele parla un jor a lui,
Et mit a raison par mots teux:
Sire, vos estes biax et preux.
(Méon, Fabliaux, IV, p. 329.)
Ne sai quel chose trainoient.
(Dolopathos, p. 257.)
Prononcez: Queu chose traïnoient.
Il n'y a jamais d'incertitude sur al et ol. Je crois bien que dans l'origine il n'y en avait pas davantage sur el: chapel, tonel, martel, sonnaient chapeu, toneu, marteu, d'où sont venus plus tard chapeau, tonneau, marteau. Le ciel s'est prononcé d'abord le cieu, et cela s'accorde parfaitement avec le pluriel actuel. Mais il est sûr qu'avant d'arriver au son au, cette finale el (eu) a passé par é.
S'il y a un mot que l'usage quotidien ait dû, ce semble, maintenir inaltéré, c'est assurément le mot ciel. Cependant ouvrez Rabelais au chapitre IX de Gargantua; il parle de ces glorieux de court, de ces transposeurs de mots, qui composaient des rébus, «faisant pourtraire ung lict sans ciel pour ung licencié.»
«Qui sont, ajoute Rabelais dans sa sainte colère, homonymies tant ineptes, tant fades, tant rustiques et barbares, que l'on debvroit attacher une queue de regnart au collet, et faire ung masque d'une bouze de vache, a ung chacun d'iceulx qui en vouldroient d'ores en avant user en France, après la restitution des bonnes lettres.»