SCANDALE, au sens d’affront, esclandre; FAIRE UN SCANDALE A QUELQU’UN, lui faire un esclandre:

Trouves-tu beau, dis-moi, de diffamer ma fille,

Et faire un tel scandale à toute une famille?

(Dép. am. II. 8.)

Scandale, outre le sens qu’il porte aujourd’hui, avait encore celui d’outrage. Nicot cite, au mot Scandaliser, cette explication de Budée: «Le peuple exprime quelquefois, par scandaliser quelqu’un, ce que les gens bien élevés rendent par reprocher à quelqu’un une faute.» Le Dictionnaire de l’Académie de 1694 consacre les deux acceptions de scandale et scandaliser; Trévoux les maintient encore en 1740.

Scandale est de formation moderne, c’est-à-dire, du XVIe siècle, lorsque l’oreille ne craignait plus les doubles consonnes. Le moyen âge avait tiré de scandalum, esclande, qu’on prononçait éclande, et qui persiste sous cette forme esclandre. L’usage s’est chargé d’attribuer à chacun de ces deux mots une nuance de signification qui rend l’un et l’autre utile; mais c’est une occasion de remarquer: 1o qu’en augmentant le nombre des mots, il a fallu restreindre leur signification, et faire aux nouveaux un apanage aux dépens des anciens; 2o que, selon les époques où ils ont passé dans notre langue, les mots latins ont subi l’empire d’une loi différente. De spatium, spongium, spiritus, le moyen âge avait fait les substantifs espace, esponge, esprit (l’s ne sonnant point); plus tard, après la perte de la tradition primitive, et sous l’influence du pédantisme de la renaissance, on créa les adjectifs spacieux, spongieux, spirituel, qui serrent de plus près la forme latine. Au lieu de spirituel, le moyen âge disait espiritable.

On peut à ce signe reconnaître tout d’abord si tel mot français est antérieur ou postérieur à la renaissance, car le moyen âge n’en avait pas un seul qui commençât par deux consonnes consécutives[77].

SE JOUER, sans complément, pour jouer:

On n’est point capable de se jouer longtemps, lorsqu’on a dans l’esprit une passion aussi sérieuse.....

(Comtesse d’Esc. 1.)