Cette locution, en dépit que j’en aie, est l’analogue de cette autre, malgré que j’en aie, qui s’analyse très-facilement.
Il faut partir, mal gré, c’est-à-dire, tel mauvais gré que j’en aie. C’est une sorte d’accusatif absolu.
(Voyez [MALGRÉ QUE J’EN AIE].)
Mais dans l’autre expression on rencontre, de plus, la préposition en, dont rien ne justifie la présence. On ne dirait pas: en mal gré que j’en aie. Il semble que l’on aurait dû dire, avec une exacte parité: dépit que j’en aye, sans en. C’est que cet en n’est pas une préposition, mais une partie mal à propos séparée de l’ancien mot endépit: endépit, comme encharge, encommencement, et les verbes engarder, enrouiller, enseller un cheval, s’engeler, s’endemener, etc., qui sont les anciennes formes. La vraie orthographe serait donc endépit qu’on en ait, et la locution redevient parfaitement claire et logique. Ici, comme en une foule de cas, l’oreille entend juste, mais l’œil voit faux, parce que la main s’est trompée.
DÉPOUILLER (SE) ENTRE LES MAINS DE QUELQU’UN:
Amasser du bien avec de grands travaux, élever une fille avec beaucoup de soin et de tendresse, pour se dépouiller de l’un et de l’autre entre les mains d’un homme qui ne nous touche de rien.
(Am. méd. I. 5.)
DEPUIS, suivi d’un infinitif, comme après:
Depuis avoir connu feu monsieur votre père... j’ai voyagé par tout le monde.
(B. Gent. IV. 5.)