DIFFAMER:
MORON.
Je vous croyois la bête
Dont à me diffamer j’ai vu la gueule prête.
(Pr. d’Él. I. 2.)
L’emploi de diffamer pour dévorer, déchirer, en parlant d’un sanglier, pourrait sembler une bouffonnerie de ce fou de cour; mais Furetière nous apprend que «diffamer signifie aussi salir, gâter, défigurer. Il a renversé cette sauce sur mon habit: il l’a tout diffamé. Il lui a donné du taillant de son épée, et lui a tout diffamé le visage. En ce sens il est bas.»
Ainsi Moron parle sérieusement et correctement. Diffamer, aujourd’hui, ne se prend plus qu’au sens moral.
On observera que diffamer, au sens moral, n’emporte pas nécessairement l’idée de calomnie, ni même aucune idée de blâme, puisque Boileau a dit, en parlant des précieuses:
«Reste de ces esprits jadis si renommés,
Que d’un coup de son art Molière a diffamés.»