Est-il possible que ce même Sostrate, qui n’a pas craint ni Brennus, ni tous les Gaulois....

(Am. magn. I. 1.)

Ah! vous avez plus faim que vous ne pensez pas!

(L’Ét. IV. 3.)

Ne est l’unique négation que possède la langue française.

Pour l’aider en quelque sorte dans son office, on a déterminé un certain nombre de substantifs monosyllabes, exprimant des objets minimes, des quantités réduites, qui servent de terme de comparaison, et, construits avec ne, semblent prendre à son contact la qualité d’adverbes et de négations; mais il ne faut pas s’y tromper. Ces mots sont: pas, point, rien, mie; ce sont de vrais substantifs à l’accusatif, complément d’un verbe qui se place entre ne et son adjoint. Je ne dis rien; il ne vient pas; ne mentez point[66].

Maintenant il faut savoir que l’on ne donne à ne qu’un seul de ces adjoints, de ces adverbes artificiels: ne pas;—ne point;—ne mie;—ne... rien. La faute de Martine, dans les Femmes savantes, est de joindre à la négation deux de ces suppléments:

«Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien.» Le vice d’oraison ne consiste donc pas à joindre pas avec rien, comme le prétend Philaminte, mais à joindre pas et rien avec ne.

Cela est si vrai, que Molière a très-souvent fait cette réunion de ne... pas... rien. Mais alors il y a toujours deux verbes, l’un qui supporte l’action négative de ne pas; l’autre qui commande rien.

Les exemples suivants, qui semblent au premier coup d’œil choquer la règle posée par Molière lui-même, analysés d’après ce principe, n’ont plus rien que de très-régulier. On y trouvera partout deux verbes pour les trois mots ne, pas, rien, que la bonne Martine accumulait tous trois sur l’unique verbe servir.