Ce ne seroit pas moi qui se feroit prier.

(Sgan. 2.)

Racine a dit pareillement:

«Il ne voit dans son sort que moi qui s’intéresse

(Britannicus.)

Les grammairiens, depuis Vaugelas, ont décidé qu’il faut toujours le verbe à la première personne, parce que le pronom y est. La raison paraît douteuse, car il y a aussi un autre verbe qui est placé le premier, et qui est à la troisième personne. Pourquoi l’accord ne se ferait-il pas aussi bien avec ce premier verbe qu’avec le pronom qui le suit?

Celui qui se nomme Sganarelle, c’est moi;—celui qui vous a procuré cette bonne fortune, c’est moi;—celle qui se ferait prier, ce ne serait pas moi:—voilà comme on serait obligé de parler pour satisfaire la logique. Et parce que l’ordre des mots est renversé, le rapport des termes de l’idée change-t-il aussi? Non sans doute. La facilité que laissait l’usage du XVIIe siècle me semble donc, en principe, plus raisonnable que la loi étroite du XIXe. Il est certain d’ailleurs que cette rigueur ne produirait pas toujours un bon effet dans l’application. Par exemple, il n’en coûtait pas davantage, à Racine de mettre:

Il ne voit dans ses pleurs que moi qui m’intéresse.

Mais la pensée ne se présente plus du tout de même. Junie ne veut pas dire: Moi seule je m’intéresse dans ses pleurs; mais: Qui est-ce qui s’intéresse dans ses pleurs?—Moi seule. Dans la première tournure, l’idée qui frappe d’abord, c’est la personne de Junie; dans la seconde, c’est l’isolement et l’abandon de Britannicus. L’une est propre à irriter Néron, l’autre à le désarmer.

Ces délicatesses font le caractère des grands écrivains; et les despotes de la grammaire, avec leur précision géométrique, tendent à les rendre impossibles: ils matérialisent la langue.