CHAPITRE I.
ACADIE--(Nouvelle-Ecosse.)
1603-1613.
Observations sur la civilisation de l'Europe à cette époque.--Importance des colonies pour la France.--M. Chauvin, à la suggestion de Pontgravé, se fait nommer lieutenant-général du Canada et de l'Acadie, et obtient le privilége exclusif d'y faire le commerce des pelleteries.--Il meurt.--Le commandeur de Chaste lui succède; il forme une société de commerce pour faciliter la colonisation.--Pontgravé et Champlain font un voyage en Canada. Le Commandeur étant mort, M. de Monts, calviniste, est nommé lieutenant-général de cette contrée où l'on permet aux protestans de s'établir.--Expédition de M. de Monts en Acadie, province découverte par les Français.--De Monts et Champlain découvrent la baie de Fundy, et les rivières St.-Jean, Penobscot et Kénébec. Les colons débarquent à l'île Ste.-Croix--Champlain explore les côtes jusqu'à 20 lieues au sud du cap Cod.--De Monts, ou plutôt le baron de Poutrincourt fonde Port-Royal; il retourne en France.--Port-Royal concédé au baron de Poutrincourt.--Lescarbot.--Progrès de Port-Royal.--Retrait du privilége accordé à de Monts.--Dissolution de la société des pelleteries.--Abandon temporaire de Port Royal.--Poutrincourt y retourne en 1610.--Il refuse d'y mener des Jésuites.--Assassinat de Henri IV.--La marquise de Guercheville achète les droits des associés de de Monts pour envoyer des Jésuites en Acadie.--Difficultés entre les colons et les Jésuites.--Mde. de Guercheville les envoie fonder St.-Sauveur sur la rivière Penobscot.--Les Anglais de la Virginie détruisent St.-Sauveur et Port-Royal, en pleine paix.--Le gouvernement français ne s'intéresse point au sort de ces deux colonies qui n'était que des entreprises particulières.
Nous sommes enfin parvenu à l'époque à laquelle on peut fixer le commencement des succès permanens de la colonisation française. Bien des obstacles et bien des calamités en arrêteront encore le cours, paraîtront même l'interrompre; mais ils ne cesseront pas d'être réels; ils seront comme la lumière qui paraît et disparaît vacillante au souffle du vent; elle brûle toujours quoiqu'elle semble quelquefois s'éteindre.
Cette époque correspond au règne d'Henri IV, l'un des plus grands rois qu'ait eus la France, et à celui de son successeur, Louis XIII. La guerre civile avait fait place à la guerre étrangère; et Richelieu achevait l'abaissement de la maison d'Autriche, et de la noblesse du royaume que les guerres de religion avaient divisée et affaiblie. Le caractère national s'était retrempé dans ces longues et sanglantes disputes; son énergie s'était réveillée. Rendue à la paix, la France eut besoin de nouvelles carrières pour donner cours à son activité.
La marche de la civilisation ne s'était pas ralentie en Europe. La grande lutte religieuse où le principe protestant avait triomphé, avait donné, si je puis m'exprimer ainsi, plus de ressort et plus d'étendue à l'esprit humain, en agrandissant le champ de son expérience et en détruisant ses préjugés.
La France, l'Angleterre et les Provinces-Unies avaient pris un accroissement rapide de population, de richesse et de grandeur.
Henri IV police et fait fleurir son royaume, rétablit l'ordre dans les finances, réforme la justice, oblige les deux religions de vivre en paix; encourage l'agriculture et le commerce, établit des manufactures de drap d'or et d'argent, de tapisseries, de glaces. C'est aussi sous lui que les vers à soie sont introduits en France et qu'on y creuse le canal de Briare.