LISETTE.

La difficulté est de l'en instruire? Cette personne-là est donc bien peu intelligente. J'en croirois, moi, vos yeux sur leur parole.

JULIE.

Quand mes yeux parleroient beaucoup, je ne sais si on les entendroit encore. Mais j'ai soin qu'ils n'en disent pas trop; car, Lisette, voici l'embarras où je suis. Quoique je sois jeune et que l'on me trouve quelques charmes, quoique j'aie du bien et que celui que j'aime et moi soyons de même condition, je crains qu'il n'approuve pas mon amour, et s'il m'arrivoit d'en faire l'aveu et que j'essuyasse un refus, je mourrois de douleur.

LISETTE.

Je vous suis caution que jamais homme, usant et jouissant de sa raison, ne vous refusera. Qui pourroit le porter à agir de la sorte?

JULIE.

Son excès de mérite.

LISETTE.

Je ne conçois rien à cela. (Après avoir rêvé un instant.) Mais, attendez. Que ne m'en faites-vous la confidence, à moi? Vous me demanderez le secret, je vous promettrai de le garder: je n'en ferai rien; il transpirera, fera un tour par la ville, viendra aux oreilles du monsieur en question, et quand il sera instruit, selon l'air du bureau, vous aurez la liberté d'avouer ou de nier.