ARISTE, seul.

Non, à rappeler de sang-froid ce qui s'est passé, son intention n'étoit pas d'écrire à Valère. Mais quelle conséquence en tirer?… Quoi! Julie, il seroit possible qu'Ariste eût obtenu quelque empire sur vous! Ah! Julie, Julie, si ma raison ne m'eût pas soutenu contre l'effet de vos charmes, pensez-vous que je n'eusse pas été le premier à me déclarer pour vous? Avez-vous cru que je vous visse impunément? Non, non…. Mais plus votre mérite m'a paru accompli, et plus j'ai trouvé de motifs d'étouffer dans mon coeur la passion que vous y faisiez naître…. Ciel! quelle est ma foiblesse? Osé-je croire qu'elle pense à moi?… Allons, rendons-nous justice, une bonne fois; et convenons que, pour quelques apparences, il y a cent raisons qui détruisent une idée aussi ridicule.

SCENE XXIII.

ORGON, ARISTE.

ARISTE.

Je vous attends, Orgon, pour vous dire que les choses me paroissent moins avancées que jamais.

ORGON.

Que diable est-ce que tout ceci? On n'a guère vu d'amants plus difficiles à accorder. Dites-moi donc de quoi il est question? Il faut que votre conversation n'ait pas été du goût de Julie; car je l'ai vue passer tout-à-l'heure: le dépit étoit peint sur son visage; mais, ma foi, elle n'en étoit que plus belle.

ARISTE.

Ce que je puis vous dire, c'est qu'après bien des réflexions, je ne crois pas que le marquis soit aussi bien auprès d'elle qu'il vous l'a fait entendre.