Sur quoi, je m’ose mettre en scène, sans modestie ni fatuité, persuadé que telles confessions, dont je ne sais quel ridicule respect humain nous éloigne, seraient très utiles, de toutes façons. Et qu’un tel procédé soit suivi, surtout par de moins infimes, est ce que je souhaite de tout cœur.
D’un mien ouvrage poétique, il a été dit du mal et du bien. Mais le seul reproche à lui épargné, est le manque d’originalité (c’est La Danse macabre). Or, je n’ai cessé, pour sa confection, de piller, consciemment, consciencieusement, effrontément. Le thème sort évidemment de Dante, et du charnier des Innocents. Aux textes religieux, j’ai pris, traduisant, paraphrasant, tout ou partie : dans la Genèse, le Pater, le Magnificat, les Litanies de la Vierge, l’hymne des SS. Innocents, le Dies Irae, l’Ave maris Stella, le Cantique de Fénelon, etc., etc… Aux chansons populaires ou rondes enfantines : Entrez dans la danse, J’ai des pommes à vendre, Voici le mois de mai, Magali, le Furet, Nicolas, je vais me pendre, Saute la jolie blonde… etc., etc., etc., plus ou moins remaniées.
Sur un pied danse… vient des Djinns de Hugo (et d’un passage de Rimbaud). Toute armée… toute nue, de Hugo (L’Homme qui rit). C’est l’amour qui mène le monde, d’un antique vaudeville ; Mon cœur soupire, des Noces de Figaro ; Psit, psit, beau masque, du don Juan de Lorenzo da Ponte. Tel vers invoquant Dante, du Tu duca, tu signore, e tu maestro, par quoi Dante invoque Virgile. La vie est un rêve est de Caldéron ; L’Homme est le rêve d’une ombre, de Pindare ; Amour, tyran des dieux et des hommes, d’Euripide. Elle a vécu, Myrto…, d’André Chénier ; Même quand nos cœurs sont broyés, de Burger (ballade de Lénore). Le sonnet Servants du Dieu d’amour, pastiche un sonnet de la Vita Nuova de Dante. Le Je ne veux pas de mon Don Juan fut pris à Baudelaire, comme le Quinze ans, ô Roméo, à Musset. Ici, j’insère six vers de Vigny ; là, quatre de Molière, que j’attribue fraternellement à La Fontaine. Plus loin, un couplet d’une vieille chanson de café-concert, une ronde fameuse de corps de garde, et une autre illustre à l’École de Médecine. Autre part, don Quichotte (D’amour feraient mourir, Madame, vos beaux yeux…) fait à M. Jourdain faire de la poésie sans le savoir…
Et voici Les neiges d’antan de mon maître Villon, et le Je ne veux plus aimer… de mon maître Verlaine, et, plus loin, deux poètes peu connus du XVIIe siècle, que, nouveau Pierre Benoît, je vous laisse le plaisir de retrouver[11].
[11] Pour aider : « Ah, que j’eus de plaisir à la voir toute nue. » Quant à l’autre… cherchez dans les Marges (dame, si je vous dis tout).
Ce ventre qui digère m’est fourni par E. de Goncourt, décrivant l’Hercule Farnèse.
Et je te vis, et je fus perdu, etc… Que me criblent les boucs, viennent de celui-là que Mossieu de Pavlovski qualifie de vide et d’artificiel.
Masques, voici les masques… : voici aussi Molière (et peut-être Verlaine).
Passe un grand squelette… qui bat du tambour. Voir le Faust de Marlowe.
Les toxiques bus… jamais plus… inutile d’insister.