Qu'ajouter à cette série de malheurs?

Note 8:[ (retour) ]

Parmi ces documents se trouvait l'original du journal tenu par Sir William Phipps lors de son expédition de Québec.

—The French minister came to me this evening, brought with him Sir William Phipp's original journal of his Québec expedition, and gave it me. This was blown up amongst several other material papers and draughts in the Edgar—Walker's Journal p. 87.

Pendant quelques années, Sir Hovenden Walker honni et ridiculisé par tous, lorsque son collègue,—le général Hill,—se voyait honoré d'un commandement, reçut dans sa retraite à Somersham, près de Saint Ives Huntington. Ses vieux camarades de l'Amirauté, qui avaient servi avec lui ou sous lui, oublieux de sa captivité en France et de ses vingt-huit années de commandement, pour ne plus se souvenir que du naufrage de l'Ile-aux-Oeufs, refusèrent pendant deux ans de régler ses comptes, sous prétexte que les pièces justificatives s'étaient perdues sur l'Edgar: puis, l'année suivante, sans aucun avis préalable, ils le retranchèrent de la liste des amiraux, et lui ôtèrent sa demi-solde. Enfin, un jour que l'amiral était de passage à Londres, un journal, le Saint James Post, ayant annoncé qu'il avait été arrêté à sa résidence de Newington Stoak par ordre de la Reine, Walker, qui aurait pu voir ses services acceptés par la république de Venise ou par le czar de Moscou, mais qui était trop loyal pour se mettre dans la position de pouvoir porter un jour les armes contre l'Angleterre, se décida le coeur navré, à quitter son implacable patrie pour se rendre dans la Caroline du Sud, y cultiver une plantation.

Là encore, les sarcasmes et la haine de ses compatriotes poursuivirent le proscrit anglais.

A sa grande surprise, après son désastre, l'amiral Walker avait été assailli à Boston, par une avalanche de brochures plus violentes les unes que les autres. J'ai dit à sa grande surprise, car Sir Hovenden qui rêvait d'éclipser la gloire de Drake et de Cavendish en s'emparant de Québec, pensait sérieusement être récompensé pour avoir ramené les restes de l'expédition. Dans ces brochures, le gouverneur Dudley, le colonel Nicholson, tous les New-Englanders s'en donnèrent à coeur joie sur le compte du malheureux amiral, et bientôt ces dénonciations parvinrent jusqu'en Caroline, où elles attisèrent tellement les passions populaires contre lui, que Sir Hovenden Walker fut obligé d'aller chercher un refuge aux Barbades.

Néanmoins, petit à petit ces haines et ces rancunes de l'orgueil anglais blessé, se turent. Le calme se refit dans cette existence brisée. Dès 1720, Sir Hovenden Walker put faire imprimer une justification et un rapport complet sur sa triste expédition, et ce journal fut accueilli avec assez de faveur, si l'on en juge par la rareté de ce bouquin, devenu presqu'introuvable aujourd'hui. Bientôt, l'oubli se fit autour du vieil amiral; et, revenu dans la Caroline, il finit par s'éteindre tranquillement dans sa plantation, en l'année 1725, au milieu des muses qu'il cultivait avec un certain succès, et entouré des éditions de son poète favori, Horace, qui lui avait fourni l'épigraphe de sa défense:

Sois fort dans la détresse et si ta bonne étoile

Fait naître enfin pour toi des vents moins désastreux;

A ces protecteurs dangereux

Ne livre qu'à demi ta voile.